"Es-tu maître ou valet ? demande le malicieux Mercure, sous l'aspect de Sosie, à Sosie au début de cette pièce en vers libres. Ainsi, le personnage principal de cette comédie sur le thème du double a aussi laissé le mot de Sosie pour désigner une personne ressemblant à une autre. L'histoire est simple. Jupiter prend la figure d'Amphitryon pour passer une longue nuit avec Alcmène, la femme de celui-ci. Amphitryon est de retour le lendemain. " Ai-je fait quelque mal de coucher avec vous ? " demande Alcmène (qui a donc baisé avec un dieu, merde ! le dieu des dieux !), et à qui Amphitryon répond évidemment "Non, ce n'était pas moi". De son côté, le valet Sosie s'étonne de ne pas l'avoir fait avec sa femme Cléanthis puisque celle-ci était avec Mercure ! Vous suivez ? Molière joue avec délice de l'imposture du dieu des dieux, Louis XIV à l'époque pour l'anecdote historique, mais peu importe, l'intérêt est ailleurs. Mercure et Sosie, Amphitryon et Jupiter, les sosies sont imbriqués les uns dans les autres dans des scènes en miroir. Est-ce une comédie ? Ou un mélodrame psychique ? On hésite… comique ou violence ? " Est-ce un songe ? Est-ce ivrognerie ? Aliénation d'esprit ? Ou méchante plaisanterie ? " demande Amphitryon à Sosie. Celui-ci répond : " Je me suis trouvé deux…". Jamais ils ne soupçonneront les dieux. Les femmes, Alcmène et Cléanthis, tombées sous le charme du dieu Amant au cours d'une nuit d'une durée nordique, confrontent tour à tour leurs fantasmes à leurs maris humains. C'est ici que la mise en scène saupoudre avec finesse un peu d'androgynie antique et d'ambivalence du double dans la distribution des rôles. Bon, vous verrez…! Les hommes doutent d'eux-mêmes, s'interrogent et se révoltent contre leur double aussi terrifiant qu'inconnu. Qui est homme ? Qui est femme ? Qui est maître ? Qui est valet ? Qui est amant ? Qui est aimé ? Est-ce le Saint-Esprit qui descend sur Alcmène ? Est-ce la facétie d'un dieu grec mutin ? Ou est-ce un viol ? Freud analysera plus tard la réalité psychique de la reconnaissance de l'autre sexe… Giraudoux et Kleist se sont aussi penchés sur l'affaire. No comment. " Double fils de putain…" s'écrit Sosie à la fin de la pièce devant le fils des dieux, le messager qui usurpe son identité, et dit avec légèreté " J'aime mieux un vice commode Qu'une fatigante vertu ". L'amant et le mari, eux, dans une inquiétante étrangeté, ne sont finalement pas frères ennemis, mais deux visages différents d'une même identité, ce qui fait qu'on ne parlera jamais de cocu.

THEATRE DE L'IRIS Première le 1.12.2011